Souffrir (verbe)


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

("Je souffre, tu souffres, il souffre; nous souffrons, vous souffrez, ils souffrent. Je souffrais. Je souffris. Je ai. Je ais. Que je souffre. Que je souffrisse. Souffrant. Souffert.") Sentir de la douleur. "Souffrir cruellement. Il souffre comme un damné. Souffrir de la tête, de l'estomac, de la poitrine, etc. Souffrir à toutes les jointures. Souffrir du froid, du chaud. Souffrir de la faim, de la soif. L'armée a beaucoup souffert dans sa marche, faute de ravitaillement."
"Il a cessé de ," Il est mort.
SOUFFRIR signifie encore Éprouver de la peine, du dommage. "Il souffre de votre humeur, de vos caprices. Je souffre de l'entendre parler ainsi. Je souffre à l'entendre. Les enfants souffrent des divisions de leurs parents. Souffrir dans sa réputation. Souffrir pour sa religion. J'ai souffert de lui tout ce qu'on peut ."
Il se dit aussi des Choses qui éprouvent quelque dommage. "Les vignes, les blés ont souffert de la gelée, de la grêle. Ce village a beaucoup souffert des ravages de la guerre."
SOUFFRIR s'emploie aussi comme verbe transitif et signifie Endurer. "Souffrir la douleur. Souffrir le mal. Souffrir les tourments, la persécution, le martyre, la mort. Souffrir les injures, la faim, la soif, la pauvreté."
Fig. et fam., "Souffrir mort et passion," Éprouver de grandes douleurs ou, par exagération, Être très impatienté. "Ce mal de dents m'a fait mort et passion. Sa lenteur me fait mort et passion." On dit dans le même sens "Souffrir le martyre. En l'entendant parler ainsi, je souffrais le martyre."
SOUFFRIR signifie aussi Supporter. "Catilina s'était entraîné à la fatigue, la faim et le froid."
"Ne pouvoir une personne, une chose," Avoir pour elle de l'éloignement, de l'aversion. "Cette marâtre ne peut les enfants de son mari. Personne ne peut le . Il est d'une insolence que je ne puis ."
Prov., "Le papier souffre tout," On écrit sur le papier tout ce qu'on veut, vrai ou faux, bon ou mauvais.
SOUFFRIR signifie encore Tolérer, ne pas empêcher, quoiqu'on le puisse. "Pourquoi souffrez-vous cela? Je ne puis qu'on me dérange à toute heure."
Il signifie également Permettre. "Souffrez, monsieur, que le vous dise. Je ne ai pas que vous me parliez sur ce ton."
Il se dit aussi des Choses et signifie Admettre, être susceptible de. "Cette affaire ne souffre point de retard, de délai, de difficulté. Cette raison ne souffre point de réplique. Cette règle souffre des exceptions. La poésie ne souffre pas la médiocrité."



Dictionnaire d'Emile Littré




 1   Le sens étymologique et propre est supporter ; il se divise en deux acceptions : résister à quelque chose de fâcheux, de pénible ; endurer.
    Résister à. Il ne saurait le soleil, le serein. C'est une place qui ne peut un siége. Cet homme ne peut la mer.
SÉV.: « Je ne comprends pas comme M. de Grignan peut aller dans un pays [les montagnes du Dauphiné] dont les ours ne peuvent la demeure »
ROLLIN: « Accoutumés à demeurer dans des maisons commodes, à vivre dans l'abondance et dans l'oisiveté, ils ne pouvaient plus la faim, la soif, les longues marches, les veilles, ni les autres travaux de la guerre »
    Souffrir un assaut, soutenir un assaut.
    Terme de manége. Souffrir l'éperon, se dit d'un cheval qui n'est pas sensible à l'éperon.
    Souffrir l'étalon, se dit de la jument quand elle est bien en chaleur.
    Endurer. Souffrir la prison avec fermeté. Souffrir patiemment la mauvaise fortune.
ROTR.: « Et j'aurais cette injure impunément soufferte ! »
MOL.: « Non, je ne puis cette lâche méthode Qu'affectent la plupart de vos gens à la mode »
SÉV.: « Moi qui ne puis pas la vue ni l'imagination d'un précipice »
BOSSUET: « Représentez-vous un homme né dans les richesses et qui les a dissipées ; il ne peut sa pauvreté »
MALEBR.: « L'imagination ne peut les vérités abstraites et extraordinaires : elle les regarde, ou comme des spectres qui lui font peur, ou comme des fantômes dont elle se moque »
BOILEAU: « [Elle] .... souffre des affronts que ne ait pas L'hôtesse d'une auberge à dix sous par repas »
RAC.: « Ah ! je ne puis, Albine, en la pensée »
ROLLIN: « Amilcar, surnommé Barca, souffrait avec peine le dernier traité que le malheur des temps avait forcé les Carthaginois d'accepter »
MONTESQ.: « Ceux qui souffraient la servitude, et ceux qui, par leurs intérêts particuliers, cherchaient à la faire »
    Ne pouvoir une personne, une chose, avoir de l'aversion pour cette personne, cette chose.
FLÉCH.: « M. de Lamoignon ne pouvait ces hommes chargés des affaires du public et des particuliers, qui se regardent comme invisibles »
DESTOUCH.: « Je sens qu'il m'ennuie à mourir ; Je l'estime beaucoup et ne puis le »
MARIV.: « Il a commencé par établir que je ne pouvais pas le »
VOLT.: « Il m'est impossible d'aimer Héraclius [de Corneille], je vous l'avoue ; je crois vous avoir cité Mme du Châtelet, qui ne pouvait cette pièce, dans laquelle il n'y a pas un sentiment qui soit vrai »
    Je ne puis que cela se fasse, il m'est désagréable que cela se fasse.
RETZ: « Chavigni, qui était rentré dans le cabinet, son unique élément, et qui y était rentré par le moyen de M. le Prince, ne pouvait qu'il l'abandonnât ; et il pouvait encore moins qu'il se tînt en bonne intelligence avec Mazarin qui était l'objet de son horreur »
BOILEAU: « Mais je ne puis qu'un esprit de travers.... Se donne en te louant une gêne inutile »

 2   Ne pas se détériorer, en parlant des choses.
MERC.: « Le poisson non salé ne pouvait le transport au delà de trente à quarante heures »

 3   Tolérer, ne pas empêcher.
LA FONT.: « Ce n'est pas qu'un emploi ne doive être souffert »
LA FONT.: « On pourrait aucunement Souffrir ce défaut aux hommes »
MOL.: « Je souffre bien que tu le sois [Sosie], Souffre aussi que je le puisse être »
FLÉCH.: « Mme la Dauphine ne souffrait pas qu'on touchât aux oints du Seigneur »
RAC.: « Jusqu'à quand souffre-t-on que ce peuple respire ? »
FÉN.: « On n'y souffre ni meubles précieux, ni habits magnifiques, ni festins délicieux, ni palais dorés »
VOLT.: « V Charles II n'avait bien voulu qu'on le fît catholique sur la fin de sa vie, que par complaisance pour ses maîtresses et pour son frère »
VOLT.: « On vient d'imprimer dans un journal l'article Femme, qu'on tourne horriblement en ridicule ; je ne peux pas croire que vous ayez souffert un tel article dans un ouvrage sérieux [l'Encyclopédie] »
BEAUMARCH.: « Il faut ce qu'on ne peut empêcher »
    Souffrir quelqu'un, le tolérer, le laisser faire ceci ou cela.
CORN.: « Bien plus, on ne vous souffre ici que ce seul jour »
ROTR.: « L'ordre de l'empereur n'admet ici personne, Et ma commission n'y souffre que vous deux »
BOILEAU: « Et l'Académie, entre nous, Souffrant chez soi de grands fous.... »
RAC.: « Aux bords que j'habitais je n'ai pu vous »
MARIV.: « Vos sentiments sont avoués de votre père, et vous pouvez à vos genoux un homme que vous allez épouser »
    Souffrir se dit pour laisser, avec un nom de personne pour régime direct et un verbe à l'infinitif.
CORN.: « En Europe, où les rois sont d'une humeur civile, Je ne leur rase point de château ni de ville ; Je les souffre régner »
FLEURY: « Il y avait des diacres continuellement appliqués à prendre garde que chacun fût attentif, et à ne personne sommeiller, rire, parler à l'oreille, ou faire quelque signe à un autre »

 4   Permettre.
CORN.: « Souffrez que votre fille embrasse vos genoux »
CORN.: « Je ne vous puis de dire une sottise »
MOL.: « Jusques.... à lui , en cervelle troublée, De courir tous les bals et les lieux d'assemblée »
PASC.: « Le père Lemoine a apporté une modération à cette permission générale [donnée aux femmes par les casuistes de se parer] ; car il ne le veut point du tout aux vieilles »
MASS.: « Vous êtes obligés de leur [à vos domestiques] ce que vous ne voulez pas vous interdire ; il faut fermer les yeux à des désordres que vous autorisez par vos moeurs »
A. DUVAL: « S'il en est ainsi, rendez-moi ma montre ; je ne ai pas.... - Copp : Ah ! vous ne ez pas.... vous le prenez avec moi sur un singulier ton »

 5   Recevoir quelque dommage. L'escadre a souffert un vrai désastre.
    Souffrir une rude, une furieuse tempête, être agité d'une rude, d'une furieuse tempête.
    Souffrir un coup de vent, être battu d'un coup de vent

 6   Éprouver une peine physique ou morale de quelque chose. Souffrir la douleur, le martyre, une perte, un dommage.
PASC.: « Les qualités excessives nous sont ennemies, et non pas sensibles ; nous ne les sentons plus, nous les souffrons »
SÉV.: « Coulanges a la goutte comme un petit débauché ; il crie.... il voit du monde.... il ne souffre pas même ses douleurs sérieusement »
RAC.: « Combien dans cet exil ai-je souffert d'alarmes ! »
FÉN.: « Il ajouta qu'il les avait menés à Samos pour y l'exil qu'ils avaient fait à Philoclès »
P. LEBRUN: « Dans ce dernier adieu ne va pas m'attendrir ; Et sache voir du moins ce que je sais »
    Par exagération. Souffrir mort et passion, éprouver des douleurs cruelles ; et aussi être vivement impatienté. Sa lenteur me fait mort et passion.
    On dit de même : le martyre.

 7   Admettre, recevoir, être susceptible, en parlant des choses.
CORN.: « Pour un coeur généreux ce trépas a des charmes, La gloire qui le suit ne souffre point de larmes »
CORN.: « Une pièce d'éloquence remplie des plus belles et des plus nobles expressions que la langue puisse »
MOL.: « Supposé, comme il est vrai, que les exercices de la piété souffrent des intervalles »
PASC.: « Les termes sont si clairs qu'ils ne souffrent aucune interprétation »
BOSSUET: « Si l'origine qui nous est commune souffrait quelque distinction solide et durable entre ceux que Dieu a formés de la même terre, qu'y aurait-il dans l'univers de plus distingué que Madame ? »
BOSSUET: « Puisqu'il est essentiel à Dieu d'être simple et indivisible, sa substance ne souffre point de partage »
BOSSUET: « Ne dites pas à ce zélé magistrat qu'il travaille plus que son grand âge ne le peut »
BOSSUET: « Il persista dans sa retraite, tant que l'état des affaires le put »
FLÉCH.: « Quelle liberté s'est-elle donnée qui pût, je ne dis pas mériter une censure, mais une mauvaise interprétation ? »
CHATEAUBR.: « Si les historiens de l'antiquité sont en général supérieurs aux nôtres, cette vérité souffre toutefois de grandes exceptions »

 8   V. n. Supporter, soutenir la douleur physique ou morale.
CORN.: « Néarque : Il suffit, sans chercher, d'attendre et de . - Polyeucte : On souffre avec regret quand on n'ose s'offrir »
LA FONT: « Le trépas vient tout guérir ; Mais ne bougeons d'où nous sommes : Plutôt que mourir, C'est la devise des hommes »
BOURDAL.: « Il faut pour la charité, pour la vérité, pour la paix, pour l'obéissance »
FLÉCH.: « Après s'être acquittée de tous les devoirs à la cour, Mme de Montausier a souffert comme on souffre dans les cloîtres, sans murmurer et sans se plaindre »
FÉN.: « Quiconque ne sait pas n'a point un grand coeur »
J. J. ROUSS.: « Souffre, meurs ou guéris ; mais surtout vis jusqu'à ta dernière heure »
A. CHÉN.: « Souffre un moment encor ; tout n'est que changement ; L'axe tourne, mon coeur ; souffre encore un moment »

 9   Laisser prendre licence.
LETOURNEUR: « Celui qui souffre beaucoup s'apprête à beaucoup »

 10   Sentir de la douleur, de la peine physique ou morale. Souffrir de la tête, de la poitrine.
CORN.: « Ils [les chrétiens] souffrent sans murmure et meurent avec joie »
PASC.: « Quoique les maux [d'amour] se succèdent ainsi les uns aux autres, on ne laisse pas de souhaiter la présence de sa maîtresse par l'espérance de moins ; cependant, quand on la voit, on croit plus qu'auparavant »
BOSSUET: « Si le prince se plaignait, c'était seulement d'avoir si peu à pour ses péchés »
BOSSUET: « La rude loi de »
LA BRUY.: « Il [l'homme] ne se sent pas naître, il souffre à mourir, et il oublie de vivre »
FÉN.: « Ceux qui n'ont pas souffert ne savent rien, ils ne connaissent ni les biens ni les maux ; ils ignorent les hommes ; ils s'ignorent eux-mêmes »
MASS.: « Un de ces coeurs tendres et miséricordieux, qui souffrent de toute leur prospérité à la vue des infortunes d'autrui »
J. J. ROUSS.: « Quand on a souffert, ou qu'on craint de , on plaint ceux qui souffrent ; mais, tandis qu'on souffre, on ne plaint que soi »
VOLT.: « Ah ! que nous avons à de la nature, de la fortune, des méchants et des sots ! »
VOLT.: « Est-ce la peine de vivre quand on souffre ? oui, car on espère toujours qu'on ne a pas demain ; du moins c'est ainsi que j'en use depuis plus de soixante ans »
CONDIL.: « Quoique, par , on entende proprement éprouver une sensation désagréable, il est certain que la privation d'une sensation agréable est une souffrance plus ou moins grande »
SÉGUR: « Il remarqua l'attitude de Napoléon, celle qu'il conserva pendant toute cette retraite : elle était grave, silencieuse et résignée ; souffrant moins du corps que les autres, mais bien plus d'esprit, et acceptant son malheur »
LAMART.: « Il [Dieu] fit l'eau pour couler, l'aquilon pour courir, Les soleils pour brûler, et l'homme pour »
A. DE MUSS.: « Ô Muse que m'importe ou la mort ou la vie ? J'aime, et je veux pâlir ; j'aime, et je veux »
    On dit dans un sens analogue : Sa modestie souffre quand on le loue
    Il a cessé de , se dit quelquefois pour : il est mort.

 11   Éprouver du dommage matériel ou moral. Les enfants souffrent des divisions des parents. Souffrir dans son commerce, dans sa réputation. L'armée a beaucoup souffert dans cette expédition.
BOSSUET: « Si la malignité de l'esprit d'indépendance s'est déclarée sans réserve en Angleterre, les rois en ont souffert, mais aussi les rois en ont été la cause »
LA BRUY.: « Cet autre .... augmente d'année à autre de réputation : les plus grands politiques souffrent de lui être comparés »
    Absolument.
MOL.: « Ciel ! faut-il que le rang dont on veut tout couvrir, De cent sots tous les jours nous oblige à ! »

 12   Il se dit des choses qui éprouvent un dommage, une diminution. Les vignes ont souffert de la gelée. Le pays souffrit beaucoup des ravages de la guerre.
SÉV.: « S'il est vrai, comme je le crois, que vos affaires n'en ont pas »
BOSSUET: « Je prie Dieu que sa santé n'en souffre pas »
FÉN.: « La justice, la police, tout souffre de ce désordre »
D'ALEMB.: « Son ardeur pour s'instruire et son application à son métier, qui ne souffre point de ses autres études »

 13   Se , v. réfl. Avoir l'un pour l'autre de la tolérance. Ces deux hommes se souffrent réciproquement.
DIDER.: « M. de Lauraguais est de retour de Genève ; il a passé huit jours auprès de Voltaire : nous avons bien fait, dit-il, de nous séparer ; deux grands poëtes ne peuvent se plus longtemps »
    Ces deux hommes ne peuvent se , ils ont de la haine l'un pour l'autre.

 14   Être supporté.
DESCARTES: « Ces dissonances qui se souffrent dans le rapport de plusieurs voix ou instruments »
     Hist. du conc. de Trente, trad. de LE COURAYER, t. I, p. 116: Si ceux-ci [les fornicateurs] se souffrent pour ne point troubler la tranquillité publique
MERC.: « Au grand scandale de la religion tout cela se souffre »

 15   Se tolérer soi-même.
NICOLE: « L'âme se résout en même temps de combattre sans cesse ses imperfections, et de se néanmoins soi-même sans s'abandonner jamais au découragement »

 16   S. m. Le , l'état de .
BALZ.: « Dans l'humilité du christianisme le est plus estimé que le faire »

PROVERBES
    Souffre quand tu seras enclumeau, et frappe quand tu seras marteau.
    Le papier souffre tout, on écrit sur le papier tout ce qu'on veut, vrai ou faux, bon ou mauvais.
HAMILT.: « Après avoir bien rêvé sur son obstination [d'une demoiselle de la cour de Charles II], il [le frère du roi] crut que l'écriture pourrait faire ce que n'avaient pu les regards, les discours, ni les ambassades ; le papier souffre tout ; mais, par malheur, elle ne souffrait point le papier »

REMARQUE
    1. Souffrir dans le sens d'éprouver une douleur physique, suivi d'un infinitif, veut la préposition à : Je souffre à marcher ; et la préposition de, quand il s'agit d'une douleur morale : Je souffre de vous voir dans cette situation.
    2. Souffrir, permettre, avec que, veut le subjonctif : Souffrez que cela se fasse.
    3. Souffrir, permettre, au lieu de que et le subjonctif, peut prendre de avec l'infinitif, et, s'il y a un complément, ce complément est précédé de à : On ne souffrit pas à Luther de dire que ....

HISTORIQUE
    XIème siècle
     Ch. de Rol. CXXXII: Ço est merveille que Deus le soefret tant [Roland]
     ib. CCL: Ceste bataille est mult fort à sufrir
    XIIème siècle
     Couci, X: J'aim melz [j'aime mieux] ensi soufrir et endurer Ces très douz maus....
     ib. XXIV: J'alasse à Dieu graces et merciz rendre De ce que ainz soufrites à nul jor, Que je fusse baanz à vostre amor
     Dame de Faiel, dans Couci: Amours m'a par raison monstré, Que fins amis soffre et atent
     Th. le mart. 39: Fait icil de Wincestre : sire evesque, suffreiz ; Laissiez ester sa cruiz
     Sax. XXX: Au Mans avons sofert dolereuse quinzaine
     Garin, t. I, p. 6: Et faites tant que il soient armés De biaus chevaus courans et abrivés ; Vous estes riches, bien soffrir le pouvés
    XIIIème siècle
     Berte, XXXIV: Qui suefre et a soufert grant travail et grant peine
     ib. XLV: Ne soufrez qu'enemy ait sus moi poesté
BEAUMANOIR: « Pour l'amour de nostre Segneur Jesu Crist, qui por nostre redemption y vout soufrir mort et passion »
BEAUMANOIR: « Et li communs ne se pot que li ouvrages ne soit fet »
BEAUMANOIR: « Et puisque ele a pris l'un des cois [choix], ele ne pot pas recouvrer à l'autre, ains convient qu'ele en suefre son preu ou son damace »
JOINV.: « Et lors se soufrirent [se turent] les prelaz, ne onques puis n'en oy parler »
JOINV.: « Je li dis : sire, vous devez moult soufrir à Poince l'escuier ; car il a servi vostre aieul et vostre pere et vous »
JOINV.: « Sire de Joinville, je vous aime moult ; mès soiés certein que, se vous ne vous voulez soufrir [vous désister] de ceste demande, je ne vous aimeré jamez »
     Ren. v. 982: Renart respond : or vous soufrez, Tant que li moine aient mangié
    XIVème siècle
MACHAUT: « Et li proverbes qui recorde : Qui sueffre, il vaint bien, s'i acorde »
     Ordonn. juin 1313: Se ce ne sont prelas, barons ou autres honorables personnes qui, pour leur estat maintenir, ne se peuvent [passer] de vaissellemens
     Ménagier, I, 9: En moult souffrant, t'avendront assez de choses que ne pourras
DU CANGE: « Laquelle femme dist à icellui Sagardeau, qu'il se souffrist de dire lesdites paroles de ladite femme, mesmement en la presence de son mary »
    XVème siècle
FROISS.: « Et se voulut agenouiller [Isabelle] de la grant joie qu'elle avoit ; mais le gentil sire de Beaumont ne l'eut jamais souffert »
ID.: « Souffrez-vous [taisez-vous] »
FROISS.: « Les aucuns disent.... qu'ils ent par plusieurs fois laisser passer parmi leur ost vivres [pour ceux qu'ils assiégeaient] »
COMM.: « Dieu le souffrit cheoir en ceste gloire [vanité, présomption] »
    XVIème siècle
MONT.: « La parenté n'est soufferte aux mariages.... »
MONT.: « Les enfans de sept ans souffroient à estre fouettez jusques.... »
MONT.: « Je ne puis d'aller desboutonné »
AMYOT: « La fortune souffrit pour lors AEilius jouir entierement du plaisir de sa victoire »
AMYOT: « Si fut chose pitoyable que ce qu'il convint alors faire et à Perseus »
COTGRAVE: « Qui plus vit, plus a à »
COTGRAVE: « Si truye forfait, les pourceaux le souffrent »

ÉTYMOLOGIE
    Berry, soffrir ; wallon, sofri ; bourguig. sôfri ; provenç. suffrir, soffrir ; espagn. sufrir ; portug. sofrer ; ital soffrire ; du lat. sufferre (comme offrir de offerre), de sub, sous, et ferre, porter.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE SOUFFRIR. - REM. Ajoutez :
    4. On peut voir, au n° 3, Je les souffre régner de Corneille ; cet exemple et quelques autres témoignent qu'au sens de laisser, , ayant pour sujet un nom de personne, se construit avec un infinitif sans interposition de préposition. Cet exemple-ci de Molière montre qu'en ce sens et avec cette construction, peut avoir pour sujet un nom de chose : Il ne faut pas que ce coeur m'échappe ; et j'y ai déjà jeté des dispositions à ne pas me longtemps pousser des soupirs, Don Juan, II, 2.


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


("Je souffre, tu souffres, il souffre; nous souffrons, vous souffrez, ils souffrent. Je souffrais. Je souffris. Je ai. Etc.") Pâtir, sentir de la douleur. "Il souffre beaucoup. Souffrir cruellement. Il souffre comme un damné. Souffrir de la tête, de l'estomac, de la poitrine, etc. Souffrir à toutes les jointures. Souffrir du froid, du chaud. Souffrir de la faim, de la soif. Il ne sait pas . Il a l'habitude de . L'armée a beaucoup souffert dans sa marche, faute de provisions."
"Il a cessé de ," se dit quelquefois pour Il est mort.



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, tant au sens physique qu'au sens moral, Éprouver de la peine, du dommage. "Il souffre de votre humeur, de vos caprices. Je souffre de l'entendre parler ainsi. Je souffre à l'entendre. Les enfants souffrent des divisions de leurs parents. Sa modestie souffre quand on le loue. Souffrir dans sa réputation. Souffrir dans son commerce. Souffrir pour la vertu, pour sa religion. J'ai souffert de lui tout ce qu'on peut ."
Il se dit, figurément, Des choses qui éprouvent quelque dommage sensible. "Les vignes, les blés ont souffert, ont souffert de la gelée, de la grêle, etc. Ce village a beaucoup souffert des ravages de la guerre."



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



est aussi actif, et signifie, Endurer. "Souffrir la douleur. Souffrir le mal. Souffrir les tourments, la mort, les affronts, les injures, la faim, la soif, la pauvreté, la prison, la persécution. Souffrir le martyre. Il souffre de grands maux. Souffrir une perte, un dommage."
Fig. et fam., "Souffrir mort et passion," Éprouver de grandes douleurs, ou Être très-impatienté. "Ce mal de dents m'a fait mort et passion. Sa lenteur me fait mort et passion." On dit de même, "Souffrir le martyre."
"Souffrir une rude, une furieuse tempête," Être agité d'une rude, d'une furieuse tempête; "Souffrir un coup de vent," Être battu d'un coup de vent; et, "Souffrir un assaut," Soutenir un assaut.



4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, Supporter. "C'est un corps qui souffre la fatigue, le froid, la faim, etc. Il ne saurait le soleil, le serein, etc. Cet homme ne peut la mer. Il est si incommodé, qu'il ne saurait ni la voiture, ni le cheval. Cette place n'est pas dans le cas de un siége."
"Ne pouvoir une personne, une chose," Avoir pour elle de l'éloignement, de l'aversion. "Cette marâtre ne peut les enfants de son mari. Personne ne peut le . Je ne saurais le . Il est d'une insolence que je ne puis ."
Prov., "Le papier souffre tout," On écrit sur le papier tout ce qu'on veut, vrai ou faux, bon ou mauvais.



5ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie encore, Tolérer, ne pas empêcher, quoiqu'on le puisse. "Pourquoi souffrez-vous cela? Je ne veux pas qu'il y ait des vues sur ma cour, qu'on chasse sur mes terres. On souffre toutes sortes de religions dans tel pays. Il souffre tout à ses enfants. Il y a des choses qu'on souffre dans la conversation, que la liberté de la conversation souffre."
Il signifie quelquefois, Permettre. "Souffrez, monsieur, que je vous dise. Je ne ai pas que vous me parliez découvert."



6ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, Admettre, recevoir, être susceptible; et il ne se dit que Des choses. "Cela ne souffre point de retardement, de délai, de difficulté, de comparaison. Cette raison ne souffre point de réplique, point de repartie. Cela souffre quelque difficulté. Cela ne souffre pas de doute. Cette règle souffre exception, souffre des exceptions. Ce passage souffre différentes interprétations. Cette inversion est permise dans la poésie; la prose ne la souffre pas, ne la ait pas."




Emplacement dans le dictionnaire :

souffleté
souffleter
souffleur
soufflure
souffrance
souffrant
souffre-bonheur
souffre-douleur
souffreteux

soufrage
soufre
soufré
soufrer
soufrière
souhait
souhaitable
souhaité
souhaiter
souillard
souillarde




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Jean MORÉAS (Iphigénie)

...quant à moi, de semblables discours dans la bouche d'un roi. Non, non, tu ne fus pas engendré par ton père pour goûter tous les biens d'un sort toujours prospère. Comme tu sens la joie, il te faudra souffrir. La volonté des dieux, il la faudra subir ; car mortel tu naquis.. mais un souci te presse : ne t'ai-je vu tantôt te réveiller soudain ? Tu fis briller la lampe et, soupirant sans cesse, tu traçais...


Citation n°2 de Jean MORÉAS (Les Stances)

...et le triste cyprès, debout sur les tombeaux, balance vainement une cime plaintive. Hélas ! N'as-tu point vu ta plus chère amitié etaler à tes yeux la face du vulgaire ? Tu ne sais pas languir et souffrir à moitié : quand tu reprends ton coeur, c'est qu'il n'en reste guère. Que ce soit dans la ville ou près des flots amers, au fond de la forêt ou sur le mont sinistre, va, pars et meurs tout seul en ré...


Citation n°3 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)

...j'étais, en quoi ce détail pouvait-il m'atteindre ? Plus tard, du reste, je n'ai pas connu davantage l'émulation. être dernier m'a toujours paru le moindre des maux qu'un collégien est appelé à souffrir. Les semaines qui suivirent furent affreusement pénibles. Vraiment je sentais mon intelligence se rétrécir sous la multiplicité des devoirs et des pensums ; même le champ de mes petits rêves se...


Citation n°4 de Pierre LOTI (Pêcheur d'Islande)

...au fond d'un vide morne, effroyable, qui venait de se creuser partout autour d'elle. Elle souhaitait être débarrassée de la vie, être déjà couchée bien tranquille sous une pierre, pour ne plus souffrir... mais, vraiment, elle lui pardonnait, et aucune haine n'était mêlée à son amour désespéré pour lui... 2e PARTIE, XI la mer, la mer grise. Sur la grand'route non tracée qui mène, chaque été, les...


Citation n°5 de Pierre LOTI (Pêcheur d'Islande)

...indifférente. C'était bien ce qu'elle avait à moitié deviné, mais cela la faisait trembler seulement ; à présent que c'était certain, ça n'avait plus l'air de la toucher. D'abord sa faculté de souffrir s'était vraiment un peu émoussée, à force d'âge, surtout depuis ce dernier hiver. La douleur ne venait plus tout de suite. Et puis quelque chose se chavirait pour le moment dans sa tête, et...


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